Le mot de l'auteur

La folie humaine est décidément fascinante. Alors que le réchauffement climatique reste sans précédent dans l’histoire géologique de la terre (lire ici), que toutes les limites de l'écosystème sont largement dépassées par la pression qu'exerce l'homme du fait de son activité et de ses choix (biodiversité, sols, océans ...), et que ses conséquences peuvent sonner le glas de notre survie à moyen terme, que fait l’homme ? Il reste campé sur son PIB, la croissance, le progrès, la surconsommation, la 5G et autres foutaises pour accélérer toujours plus alors que la logique impose de décélérer ou faire autrement. 

Sur le réchauffement climatique, si son origine humaine est établi depuis 1988 (le consensus scientifique sur la question a conduit l’ONU à créer le GIEC cette année-là), il est surtout connu par les grandes industries pétrolières bien avant cette date :

Un rapport des scientifiques d’Exxon Mobil datant de 1979 indique que les cadres de la société avaient une connaissance fine du risque climatique et montrait « qu’au rythme actuel de leur combustion, les ressources fossiles provoqueront des effets environnementaux dramatiques avant 2050 » :

https://www.liberation.fr/planete/2015/11/06/changement-climatique-exxon-a-t-il-menti-durant-quarante-ans_1411722

https://www.cnews.fr/monde/2017-08-24/exxon-mobil-menti-sur-le-rechauffement-climatique-selon-une-etude-de-harvard-763063

https://www.france24.com/fr/20151106-exxon-procureur-new-york-enquete-petrole-rechauffement-climat-cop21-co2-sante

https://www.lemonde.fr/climat/article/2017/08/24/changement-climatique-le-double-discours-d-exxon-mobil_5175970_1652612.html

https://www.lesechos.fr/2017/08/exxonmobil-aurait-occulte-des-informations-sur-le-changement-climatique-181380

Egalement, un rapport de Shell, établi en 1986 suite à une étude de 1981, montrait « qu’à partir du moment où le réchauffement climatique sera détectable, il pourrait déjà être trop tard pour prendre des contre-mesures effectives pour en réduire les effets, ou même stabiliser la situation » :

https://www.lepoint.fr/environnement/climat-la-revelation-d-un-rapport-confidentiel-met-shell-en-difficulte-07-04-2018-2208903_1927.php

Le document montre que la compagnie pétrolière étudiait l'effet de serre depuis 1981, et connaissait bien les conséquences de son activité.

Quelles ont été les décisions prises suite à ces rapports ?

Les grandes industries pétrolières ont investi massivement dans des actions de lobbying (elles font toutes parties, depuis la fin des années 80, du Global Climate Coalition , un groupe de lobbying qui tente de minimiser la question du réchauffement climatique).

Aujourd’hui, la quasi-totalité des chercheurs climatosceptiques sont financés par l’industrie fossile :

http://www.slate.fr/lien/37119/etude-climatosceptique-exxonmobil-climat

Le secteur est tellement financé que les articles climatosceptiques sont beaucoup plus présents dans les médias que les scientifiques alertant sur les dangers du réchauffement :

https://www.liberation.fr/planete/2019/08/14/les-climatosceptiques-plus-presents-dans-les-medias-que-les-scientifiques_1745303

L’homme est tellement animé par la croissance qu’il occulte tout le reste, à commencer par les dégâts sur son écosystème.

Du coup, que fait-on pour justifier notre prédation ?

On minimise ou on s’invente des histoires : c’est la magie du storytelling !

Dick Cheney, le vice-président de Georges Bush entre 2001 et 2009 et par ailleurs PDG d’une firme pétrolière, a ainsi conceptualisé la notion de « changement climatique », pour minimiser le danger et laisser croire que l’on pourrait s’adapter.

Vladimir Poutine, qui vend du gaz et du pétrole, voit le réchauffement climatique comme un processus naturel. Donald Trump ou Bolsanero le définisse comme l’arnaque du siècle. Et ainsi de suite...

Même le premier ministre australien, alors que son pays est ravagé depuis septembre 2019 par des canicules et incendies monstre qui augmentent dramatiquement la mortalité infantile (le taux de particules fines est onze fois supérieur au taux considéré comme dangereux pour la santé humaine à Sydney), ne compte pas pour autant remettre en cause son modèle économique basé sur l’exportation du charbon (2/3 du PIB australien est lié à l'extraction de son sous sol : charbon, gaz...). En revanche, ce même premier Ministre conduit une répression sans précédent contre les activistes écologistes qui mettent en danger "le mode de vie" des australiens. Ces derniers activistes sont accusés de "terrorisme climatique" et les condamnations se multiplient : 

https://www.lefigaro.fr/international/asphyxiee-par-des-fumees-toxiques-sydney-en-etat-d-urgence-sanitaire-20191217

https://www.lefigaro.fr/international/feux-en-australie-le-premier-ministre-ne-lachera-pas-l-industrie-du-charbon-20191223

https://www.la-croix.com/Monde/Asie-et-Oceanie/Incendie-Australie-fosse-creuse-entre-gouvernement-population-2019-12-23-1201068113

https://www.la-croix.com/Monde/Asie-et-Oceanie/En-Australie-Extinction-Rebellion-collimateur-gouvernement-2019-11-02-1201057997

S'il reste vrai que la prise de conscience du dérèglement climatique reste relativement récente et que les choses ont bien avancé depuis deux ans, médiatiquement en tout cas, la plupart des gouvernements actuels ne semblent pas pressés pour remettre en cause un modèle économique essentiellement carboné.  Il est vrai que la culture économique, axé sur le PIB et la croissance, reste à repenser. En l'état actuel, il sous tend un certain rapport à l'environnement qu'il faut continuer à exploiter; en outre, le système géopolitique et l'interdépendance des économies rend les choses beaucoup plus complexes dès lors qu'on envisage un changement. La plupart des dirigants actuels étant des "boomers", difficile d'effacer d'un trait leurs croyances dans le marché et la "croissance infinie". Du coup, tous les moyens sont bons pour sauver le système et défendre leurs intérêts, à commencer par la propagande et le storytelling :

Un bel exemple est la compensation carbone pour pouvoir plus facilement botter en touche (je continue à polluer mais je paie un autre pour planter des arbres)

Ou encore la captation carbone avec l'idée d' « enlever le carbone de l’atmosphère » avec les technologies. Ces dernières restent très résiduelles et leur volume serait telle qu’elle générerait d’immenses rejets de gaz à effet de serre pour leurs constructions (sans compter les problématiques de financement)

On parle même de transhumanisme, car l’avenir de l’homme est l'immortalité en devenant un cyborg, être mieux à même de s’affranchir des limites biologiques ...

Bref, on invente des histoires pour ne surtout pas changer de système.
 
Devant l'urgence actuelle, notre système économique et géopolitique n'est pas du tout adapté pour faire face. Il incite, au contraire,  à rester sur une accélération. L'avenir immédiat sera fait de contrôle social, d'autoritarisme et de course à la prédation ainsi que le montre "Géopolitique d'une planète déréglée", écrit par l'excellent Jean-Michel Valantin :
 
 
"Le dernier Cercle" est donc un roman illustré qui met en exergue cette folie humaine via un homme ambitieux et son agence de propagande. Cela parle du futur immédiat, des storytellings que l'on racontera et de la réaction probable du système devant la montée des contestations, des angoisses et des tensions sur les ressources. Il est beaucoup question de propagande, pour faire accepter tout et n'importe quoi, comme la mise en charpie des droits de l'homme et le retour à un esclavagisme sous couvert d'humanisme ou encore la mise au banc orchestré des contestataires sous couvert de terrorisme ou de déviance pathologique mentale (des exemples parmis d'autres). Cela parle des techniques de contrôle social, via notamment des systèmes de notation. Cela parle des cités marines, de l'exploitation des océans et d'une nouvelle frontière à conquérir. Cela parle aussi, et bien évidemment, du transhumanisme, cette "prochaine étape de notre évolution". Mais cela parle aussi des histoires que l'on se raconte et invite à une certaine humilité...
 
De toute façon, "je ne suis pas coupable, c'est forcément d'autres qui le sont", "j'ai encore le temps, ce sont surtout les générations futures qui seront impactées". "On s'adaptera, l'homme s'est toujours adapté".
 
Et la marmotte met le petit chocolat dans le papier d'alu ;-)
 
Le plus grand risque aujourd'hui n'est pas de tout perdre (l'aversion à la perte... un grand classique), mais c'est celle d'une panne d'imagination.
 
Le présent roman illustré est le scénario "business as usual" jusqu'au bout... en grossissant à peine le trait ! ;-)
 
 
Frédéric PERROUZAS