L'ère du Bullshit

L’ère du bullshit c’est l’ère de la post-vérité et l’ère du grand n’importe quoi, trait dominant de la saga. Les nouvelles rhétoriques populistes envahissent l’espace public, que ce soit en Europe (V. Orban, M. Salvini), en Amérique du Sud (J. Bolsonaro) ou aux Etats-Unis (D. Trump) et ces dernières privilégient un «style de pensée paranoïaque» qui se construit à l’encontre d’un ennemi commun. On le sait, le recours à la figure de «l’ennemi», intérieur ou extérieur, est une stratégie redoutablement efficace. En faisant de la survie «culturelle», «religieuse» ou «ethnique» de la communauté un enjeu majeur, il suspend les discordances ou les dissonances internes que sont susceptibles de générer les injustices sociales et économiques. C’est l’état profond aux Etats-Unis avec un supposé réseau pédophile tentaculaire. C’est le kit gay au Brésil avec un complot supposé LGBT. C’est le mécréant occidental pour Erdogan qui se fait le porte drapeau de l’islamisme etc.

Dans le monde de la post-vérité, l’immoralité est hot et le culot, paie. Le leader populiste ment avec un aplomb et une impudence qui, littéralement, désarment. Et ils utilisent les deepfakes et des trolls professionnels payés pour saturer les réseaux sociaux de mensonges déstabilisants.  Une stratégie payante même pour détourner l’attention : "Vous créez un gros scandale de toutes pièces afin que les gens ne parlent pas des vrais problèmes du pays, de sorte que vous avez un faux débat complètement hors de propos sur des choses symboliquement importantes, mais jamais sur la façon dont vous gouvernez le pays ou dont celui-ci fonctionne." (magazine Books)

Ce qui compte, c’est cliver et que ça réponde, c’est tenir un propos spectaculaire que tout le monde reprendra. On lance des affirmations totalement contre factuelles, qui agitent violemment les médias et les réseaux sociaux, et étrangement l’auteur ne s’effondre pas de honte de n’avoir pas dit le vrai. C’est que la post-vérité ce n’est pas le mensonge, qui continue d’être rejeté, c’est le n’importe quoi, le bull shit comme on dit en Amérique, je ne traduis pas parce que ça ne sent pas très bon. Et il y a dorénavant dans l’espace public une bull shit stratégie, qui étrangement fonctionne, où le bluff remplace la rationalité.

C’est l’ère de la post-vérité « qui fait référence à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d'influence pour modeler l'opinion publique que les appels à l'émotion et aux opinions personnelles. »

Extraits du Tome 1 :

T86T87

Cadre1

Cadre2