L'effondrement pour les nuls

 

  • DEFINITION

Il y a plusieurs définitions de l'effondrement.

Les archéologues voient l'effondrement comme une réduction rapide de la population mondiale et/ou de la complexité politique/économique/sociale/institutionnelle, sur une zone significativement étendue et pour une durée importante.

L'anthropologue américain Joseph Tainter, dans son ouvrage L’Effondrement des sociétés complexes (The Collapse of Complex Societies), complète cette définition principalement par trois points :

  1. Plus une société est complexe, plus elle requiert de l'énergie (obtenue autrefois à partir de la biomasse) ;
  2. Après avoir épuisé l'énergie bon marché et la dette abordable, elle perd sa capacité à résoudre ses problèmes (économiques et autres) ;
  3. L'effondrement est la simplification rapide d'une société.

Une autre définition, plus sociale, relative à la conjoncture actuelle, est celle du mathématicien et homme politique Yves Cochet :

« un processus à l'issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, mobilité, sécurité) ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi. »

 

  • CAUSES

Selon Dennis Meadows, professeur émérite américain de l'université du New Hampshire en gestion des systèmes, l'effondrement est « un processus qui implique ce que l'on appelle une « boucle de rétroaction positive », c'est-à-dire un phénomène qui renforce ce qui le provoque ». Par exemple : si la population perd sa confiance en la monnaie, elle retire ses fonds des banques, ce qui les fragilise, inquiète les clients qui retirent encore plus leur argent des banques, et ainsi de suite. « Ce genre de processus mène à l'effondrement. ».

Pour les collapsologues et autres défenseurs de ces théories, les facteurs qui contribuent à l'effondrement de la civilisation industrielle ont la particularité d'être interdépendants et globaux, d'où un risque de perturbations systémiques mondialisées et en cascade. Ces facteurs sont étudiés dans les champs environnementaux, économiques, sociaux et culturels, en se basant sur :

  1. La disponibilité des ressources : par exemple, l'épuisement des ressources énergétiques5 ou minérales, comme le pic pétrolier, le pic de production de phosphate ou d'autres surexploitations de matières premières critiques.
  2. Le risque d'une transformation radicale de l'écosystème mondial dans l'Anthropocène. Ainsi, Anthony D. Barnosky, spécialiste américain de biologie évolutive de l'université de Berkeley analyse, dans la revue Nature, la possibilité du changement brusque et irréversible de l'écosystème mondial. Johan Rockström (sv), professeur suédois en gestion des ressources naturelles au Centre de Résilience de Stockholm (en) établit en préambule de son article sur les limites planétaires que « les pressions anthropiques sur le système terrestre ont atteint une échelle où le changement environnemental mondial brusque ne peut plus être exclu. » Will Steffen (en), chimiste américain de l'université nationale australienne, conclut, dans la revue Sciences, que « La transgression des limites planétaires crée […] le risque substantiel de déstabiliser l'état Holocène du système Terre. » ; la destruction des écosystèmes et de la biodiversité ayant elle-même plusieurs origines : besoin d'espace pour l'industrie agroalimentaire de masse, l'élevage intensif, les mines et l'industrie qui induisent des déforestation massive, surpêche et pollution marinedéclin des pollinisateursfragmentation et dégradation des habitats naturelsetc. Ceci conduirait – en un temps très rapide mais difficile à évaluer (entre 5 et 75 ans) – à un effondrement global dont la forme exacte reste à déterminer.
  3. La croissance démographique exponentielle entraînant la surpopulation. Cette surpopulation était déjà redoutée par Thomas Malthus au xviiie siècle, qui la théorisa notamment en prônant la restriction démographique.
  4. Le dérèglement climatique et ses nombreuses conséquences : la fonte des calottes glaciaires, la disparition accélérée du permafrost qui, en libérant de très grandes quantités de méthane et de CO2 participe, par boucle de rétroaction, au réchauffement en cours, la montée des eaux qui menace d'inondation de nombreuses villes et mégalopoles côtières, de multiples îles et îlots (certaines îles du Pacifique sont déjà englouties), des régions entières et de grands bassins de vie. Ces inondations entraîneront des déplacements massifs de population qui s'ajouteront aux millions de migrants contraints de quitter des terres devenues infertiles à cause de ce même réchauffement climatique. Le dérèglement climatique est également à l'origine de manifestations naturelles de plus en plus fréquentes et intenses, comme la multiplication de tornades et typhons, de tempêtes et orages, d'incendies et de pluies torrentielles, de canicules, de sécheresses et également d'épisodes extrêmement froids.

Tous ces paramètres convergent et sont autant de causes d'un possible effondrement. Ces facteurs ne provoquent pas les mêmes effets : la fin du pétrole affectera d'abord le monde industriel et les transports alors que le changement climatique affecte potentiellement toutes les espèces vivantes. C'est l'interconnexion de tous ces facteurs qui accrédite la théorie d’un possible effondrement systémique global.

Les causes considérées sont d'origine anthropique. Les phénomènes sous-jacents, qui selon ces théories pourraient conduire à un effondrement civilisationnel, s’appuient sur diverses études scientifiques et dont la réalité et la gravité est prise en considération par de nombreux organismes publics, parmi lesquels le Club de Rome, le GIEC, des autorités militaires internationales, la Banque mondiale et le Forum de Davos.

 

  • HISTORIQUE

Dès 1973, l'agronome français René Dumont développe les conséquences du rapport au Club de Rome41. Dans son ouvrage L'Utopie ou la mort !, évoquant selon ses propres termes une « fin de la civilisation » pour le début du xxie siècle42 . Afin d'y échapper il propose comme pistes : le contrôle démographique ; les économies d'énergie ; la coopération internationale avec les pays en voie de développement ; la protection et la remédiation des sols. Il défend ses idées et les fait découvrir aux Français en se présentant à l'élection présidentielle française de 1974 ; premier candidat écologiste à se présenter à cette élection, il obtient 1,3 % des suffrages exprimés.

En 1979 le philosophe allemand Hans Jonas, dans son œuvre majeure Le Principe responsabilité, met en garde contre les dérives technologiques et leurs conséquences fatales probables sur la nature et l'humanité, développant le principe d'obligation qui nous incombe de protéger les générations futures.

En 1986, Ulrich Beck (sociologue allemand) publie un essai qui a fait date46, La société du risque. En 2008, il publie une tribune dans laquelle il critique toujours « les acteurs qui sont censés garantir la sécurité et la rationalité – l'État, la science et l'industrie – » estimant qu'« ils exhortent la population à monter à bord d'un avion pour lequel aucune piste d'atterrissage n'a été construite à ce jour. ».

En 2003 Hubert Reeves (astrophysicien franco-canadien) publie Mal de terre48, sur les multiples menaces pesant sur la planète et ses habitants. « Son diagnostic est alarmant : si la vie sur Terre est robuste, c'est l'avenir de l'espèce humaine qui est en cause. Le sort de l'aventure humaine, entamée il y a des millions d'années, va-t-il se jouer en l'espace de quelques décennies ? »

En 2005 le biologiste évolutionniste américain Jared Diamond popularise le mot « effondrement » par son essai Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie. Il insiste sur le fait que les déclins de civilisations naissent de la rencontre de plusieurs paramètres dont les plus importants, selon lui, sont « des dommages environnementaux, un changement climatique, des voisins hostiles, des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux, et les réponses apportées par une société », auxquels s'ajoutent la surpopulation et l'épuisement des ressources naturelles.

Dès 2005, Yves Cochet (ancien ministre français de l'environnement, président de l'Institut Momentum) est l'un des fers de lance en France de cette nouvelle vague d'alertes sur le risque d'effondrement, en particulier dans son livre Pétrole apocalypse (2005). Il reste aujourd'hui particulièrement vigilant et alarmiste comme le souligne sa tribune dans le journal Libération d'août 201754. Il estime dans un ouvrage publié en 2017 que l'effondrement aura lieu avant 2030.

En 2007 James Lovelock, scientifique britannique et auteur de l'hypothèse Gaïa, déclarait devant la Royal Society que le changement climatique est plus rapide que prévu, et que ses conséquences pourraient être tragiques pour la survie de la civilisation au xxie siècle du fait du probable chaos qu'il va causer sous forme de famines, sécheresses et migrations de masse :

« Nous sommes dans l'étrange situation de vivre sur une planète où le climat et l'évolution de la composition (de l'atmosphère) est maintenant si rapide qu'il s'avère trop rapide pour que nous puissions réagir. »

Il a par la suite (en 2012) reconnu avoir été trop alarmiste lorsqu'il prévoyait la mort de milliards d'humains. En 2015, bien que plus prudent sur la date de la catastrophe climatique, il reste convaincu que les conséquences du réchauffement climatique finiront par nous rattraper, car pense-t-il les humains sont incapables d'inverser la tendance : l'essentiel n'est pas même la survie de l'humanité, mais la continuation de la vie elle-même ; si la population et sa consommation dépassent les capacités de la planète, la Terre trouvera, par elle-même, un moyen de se débarrasser, d'une façon ou d'une autre, de l'excédent et de poursuivre sa perpétuation :

« Je considère avec beaucoup de sérénité un genre d'évènement, pas trop rapide, qui réduirait notre population à environ un milliard ; je pense que la Terre serait plus heureuse. »

Jean-Marc Jancovici, ingénieur polytechnicien français, ancien collaborateur de l'ADEME concernant notamment la mise au point du bilan carbone et participant en 2007 au Grenelle de l'environnement, alerte régulièrement depuis 2001 sur les menaces directes pour l'humanité que pose la conjonction de l'effondrement des ressources énergétiques et des effets du réchauffement accéléré du climat.

Cette crise est présentée comme un scénario de plus en plus crédible à moyen terme, voire à relativement court terme, par de nombreux lanceurs d'alerte dont John Beddington, scientifique britannique, spécialiste de la gestion durable des ressources naturelles et conseiller scientifique en chef du gouvernement du Royaume-Uni. En mars 2009 il estimait prospectivement que le monde – sans profonds et rapides changements de comportements individuels et collectifs – va vers un effondrement écologique et économique global qu'il compare à un ouragan parfait (économique, social et environnemental), qui se concrétisera selon lui vers 2030. Ce scénario associe conjointement une crise alimentaire, sanitaire et sociale, une crise énergétique et une crise écologique majeure caractérisées par un effondrement brutal des écosystèmes, à l'échelle de la biosphère, (c'est-à-dire de la planète tout entière), et dépassant ses capacités de résilience écologique (à court, moyen ou long terme). Dans ce scénario, dans le pire des cas, la capacité de la biosphère à s'auto-entretenir est détruite pour un temps plus ou moins long, voire définitivement.

Selon Jonathon Porritt (conseiller du gouvernement britannique et du monde économique) la prospective de John Beddington est encore trop optimiste. Il partage son analyse des causes, mais juge que la situation est plus grave encore et que la date du collapsus planétaire redouté des écologues est plus proche de 2020 que de 2030.

En 2008, Theodore Kaczynski parvient à faire publier, depuis sa prison, l'essai L'Effondrement du système technologique, dans lequel il développe l'idée que l'effondrement de la civilisation industrielle est nécessaire pour éviter un désastre écologique.

En 2008, Denis Dupré et Michel Griffon, publient La Planète, ses crises et nous, montrant les liens entre crises financières, climatiques, alimentaires et de l'énergie. Ils détaillent les changements possibles pour assurer un monde durable pour 2050. Dix ans plus tard (en 2018) Denis Dupré estime qu'il est maintenant trop tard pour éviter l'effondrement : selon lui, « la planète Titanic va couler et les riches sont en train de se ruer sur les canots de sauvetage. »

Clive Hamilton (philosophe australien) publie en 2010 Requiem for a Species, ouvrage qui prend acte des menaces qui pèsent sur nos civilisations. Selon lui,

« Le monde est en train de basculer dans un avenir hostile. Notre obstination à tirer profit de la planète au-delà des limites supportables par son écosystème a déclenché des effets indirects si dramatiques que la crise climatique menace désormais notre existence. »

Le rapport de la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES)102, publié le 6 mai 2019103, alerte sur une perte de biodiversité sans précédent, affirmant que « la santé des écosystèmes dont nous dépendons, se dégrade plus vite que jamais » et qu'« un million d’espèces animales et végétales risquent de disparaître à brève échéance ». Le rapport signale que cette disparition du vivant menace l’humanité toute entière.

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) fait paraitre en août 2019 un Rapport spécial sur le changement climatique et les terres émergées. Il mentionne principalement qu'un quart des terres est durablement dégradé et qu'une augmentation de la température moyenne mondiale de 2 °C constitue une menace importante pour la sécurité alimentaire.

« Ce que souligne surtout ce dernier rapport du Giec est que les terres se réchauffent deux fois plus vite que le globe. Sur la période de référence, les continents ont vu leur température de surface croître de 1,53 °C en moyenne. Les 1,5 °C stipulés dans l’accord de Paris sont donc déjà dépassés dans ce que ressentent les humains et les écosystèmes terrestres. »

En septembre 2019, Le GIEC publie un rapport sur les océans et la cryosphère dans lequel il est signalé notamment que les eaux vont monter jusqu'à 1 mètre en 2100, que les évènements climatiques extrêmes vont croitre en intensité et en fréquence, que les glaciers en fondant vont priver de larges bassins de population d'eau potable et de possibilités d'irrigation, que le réchauffement, l'acidification et les pertes en oxygène des océans « perturbent les espèces et l'ensemble de la chaine alimentaire ».

Les 17 et 18 septembre 2019, des experts se réunissent à l’OCDE afin de tenter de prévenir l’effondrement systémique qui affecteront la santé et la sécurité de milliards d'individus.

Le thème des risques d'effondrement donne lieu à de nombreuses publications en 2019 :

En mars, Luc Semal, maître de conférences en science politique au Muséum national d'histoire naturelle à Paris, publie Face à l'effondrement : Militer à l'ombre des catastrophes. Selon lui, la peur peut ne pas être paralysante et être le moteur de l'action. Face à « l’oblitération de tout avenir commun au nom de l’impératif de croissance », la peur peut contribuer à esquisser une « démocratie écologique ».

En mai, l'astrophysicien Aurélien Barrau publie l'ouvrage Le Plus Grand Défi de l'histoire de l'humanité : Face à la catastrophe écologique et sociale. Dans son introduction, il écrit que son ouvrage « s'inscrit dans un geste de « dernière chance », comme une supplique aux pouvoirs publics : Ne pas considérer l'écologie comme la priorité majeure de ce temps relève du « crime contre l'avenir ». Ne pas opérer une révolution dans notre manière d'être relève du « crime contre la vie ». Il est temps de regarder en face l'agonie de notre monde ».

En juin, Corinne Morel Darleux, conseillère régionale, publie un livre intitulé Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce : Réflexions sur l'effondrement.

En septembre,Yves Cochet, ancien ministre de l'écologie et parlementaire, publie Devant l'effondrement : Essai de collapsologie, dans lequel il annonce que par effets systémiques l'effondrement mondial devrait se produire entre 2020 et 2040, période durant laquelle la population serait décimée par la famine, les maladies, les guerres, jusqu'à être réduite à deux ou trois milliards d'humains. Selon lui, désormais, il n'est plus possible d'échapper à cet effondrement, on ne pourrait que tenter d'amoindrir l'ampleur du choc.

En novembre, l'auteur et journaliste américain David Wallace-Wells (en) publie la traduction de son livre La terre inhabitable qui fait suite à un article paru en juillet 2017 dans le New York magazine, qui fut l'article le plus consulté de l'histoire du magazine. Dans ce livre, l'auteur annonce, avec l'appui de références scientifiques documentées, les difficultés inédites auxquelles l'humanité va être confrontée dans un avenir proche et, selon le journal Le Monde, déroule « le scénario d’un cataclysme en douze chapitres sinistres ».

Le 2 décembre 2019, le HuffPost publie un sondage selon lequel 58 % des Français redoutent un effondrement de notre civilisation ; interrogés sur les causes possibles d’un effondrement, les sondés citent d'abord le réchauffement climatique (36 %), devant la surpopulation (17 %) et la montée des inégalités (14 %).

 

  • REACTIONS

La première réaction, fréquente face à cette perspective, est le déni auquel succéderait, pour ceux dépassant ce stade, la colère, le marchandage, la dépression puis l'acceptation et la recherche de solutions ou d'adaptation (la résilience) selon les « cinq phases du deuil » d'après Elisabeth Kübler-Ross.

En France, des personnes réfléchissent et échangent autour de ce sujet, notamment à l'Institut Momentum, fondé par Agnès Sinaï et présidé par Yves Cochet, et à l'association « Comité Adrastia » et dans le groupe Facebook « Transition 2030 », créé par Vincent Mignerot et Joëlle Leconte, deux des fondateurs d'Adrastia.

En Belgique francophone, le groupe de réflexion « Construire un déclin » propose depuis 2015 une docuthèque sur les notions de collapsologie, d'effondrement et de résilience.

Le mouvement Deep Green Resistance né aux États-Unis postule que l'effondrement de la civilisation industrielle est souhaitable et doit même être provoqué, pour laisser la possibilité à une société humaine plus respectueuse de l'environnement de (re)naître.

Dans le monde, un nombre indéterminé d'individus se préparent à l'éventualité d'un collapsus, dans un mouvement très diversifié dit « survivalisme », qui envisage des solutions individuelles (création pour ses proches et soi d'une base autonome durable, contenant notamment un stock de marchandises alimentaires, d'articles de premiers soins, d'armement défensif) ou collaboratives (jardins potager collectifs, développement du troc, échange de biens et de services).

En réponse au changement climatique, la géo-ingénierie envisage des solutions qui font polémique.

Les modèles politiques et économiques du développement durable et de la croissance verte postulent que déployer des technologies et comportements plus sobres permettraient d'éviter l'effondrement de la civilisation et de stabiliser ou maintenir une croissance économique globale (ce qui implique un découplage entre consommation de ressources et production de richesses).

Certains pensent que la fusion nucléaire pourrait apporter d'ici quelques décennies une solution aux problèmes d'énergie.

D'autres prônent une décroissance de la consommation afin de garantir la durabilité de la société humaine, via une simplicité volontaire ou sobriété heureuse. Ces trois comportements impliquent une consommation modérée, raisonnée et responsable, qui inclut une perte de confort, respectueuse de la planète et en accord avec nos propres besoins réels.

Le film documentaire Demain réalisé en 2015 par Cyril Dion et Mélanie Laurent147 est basé sur la possibilité d'un effondrement imminent et montre des propositions alternatives grâce notamment à la permaculture, l'agroécologie, la monnaie locale, la démocratie participative, le recyclage et la récupérationetc.

En 2013, une initiative citoyenne européenne (End Ecocide in Europe) vise à faire reconnaître le crime d'écocide en droit européen149 pour freiner la destruction des écosystèmes et la mise en péril des conditions de vie des générations présentes et futures. L'initiative devient mondiale en 2014 (alors renommée End Ecocide on Earth). Elle plaide pour que la Cour pénale internationale reconnaisse l'écocide comme un crime contre la paix et la sécurité humaine.

En 2014, Philippe Bihouix (ingénieur centralien), « face aux signaux alarmants de la crise globale », préconise les low-tech (contraire des high-tech), moins énergivores et moins polluantes qui permettraient, selon lui, de « conserver un niveau de confort tout en évitant les chocs des pénuries à venir ». la pénurie de métaux stratégiques condamnera une civilisation technologique dépendante des métaux rares. Selon lui les énergies fossiles polluantes et destructrices des écosystèmes seront, de toute façon, bientôt inexploitables. Il faut donc utiliser les énergies et ressources naturelles sans danger et durables, ne nécessitant pas ou peu de matériaux rares pour fonctionner : l'air, l'eau, le sol et le compost.

En 2018, l'« Appel des coquelicots » organise chaque premier vendredi du mois des rassemblements contre l'usage de produits chimiques dans l'agriculture en France160. En France, si la quantité de pesticides utilisés est passée de 100 000 à 70 000 tonnes, le nombre de doses unités (NODU) mesuré par le ministère de l'agriculture est en augmentation (+12 % entre 2014 et 2016) et leur usage dans le monde s'accroit, y compris celui de pesticides plus anciens ou interdits dans certains pays.

La même année, un mouvement citoyen « il est encore temps » organise des évènements dans toute la France : marches citoyennes, concerts et pétition en ligne et plainte déposée, baptisée « L'Affaire du siècle », contre l'État français, accusé de ne pas tenir ses engagements pour lutter contre le réchauffement climatique. La pétition recueille plus de 2 millions de signatures.

En août 2018, une jeune suédoise de 15 ans, Greta Thunberg, entame en solitaire une grève des cours et s'installe chaque vendredi devant le Parlement de Stockholm pour réclamer du gouvernement suédois des actions fortes contre le réchauffement climatique. Elle est à l'origine d'un mouvement planétaire sans précédent. Inspirés par son action, quelques 20 000 étudiants dans le monde participent en décembre 2018 à la grève étudiante pour le climat. Une mobilisation générale nommée « Grève mondiale des jeunes pour le climat » connait le 15 mars 2019 un succès inédit : elle est suivie par 50 000 personnes en Belgique, 66 000 en Suisse, 150 000 en Australie, 195 000 en France et 300 000 en Allemagne. Devenue incontournable, Greta Thunberg s'exprime à la Cop24, au sommet de Davos, est reçue par le président Emmanuel Macron, par le pape François. En mars 2019, elle est proposée pour le prix Nobel de la paix. Le 23 juillet 2019, à la demande des députés français, elle fait un discours remarqué à l'Assemblée nationale. En août 2019, elle traverse l'océan Atlantique en voilier pour assister au sommet « Action Climat » de l'Organisation des Nations unies à New York, où elle tient un discours particulièrement remarqué et commenté.

Article connexe : Greta Thunberg au sommet « Action Climat » de 2019.

En septembre 2019 la grève étudiante pour le climat réunit dans les rues, selon le site militant 350.org, lors de diverses marches pour le climat du 20 au 27 septembre 2019, 7,6 millions de personnes dans le monde, dont plus de 600 000 au Québec le 27 septembre 2019 et 195 000 en France.

En octobre 2018, un mouvement de résistance s'organise au Royaume-Uni sous le nom d'Extinction Rebellion. Ce mouvement exige, sous toute forme à l'exclusion de la violence, de la part des dirigeants, la reconnaissance explicite de la gravité et de l'urgence des crises écologiques en cours et l'accès facilité au plus grand nombre à cette information, une mise en place immédiate d'actions contraignantes ayant pour effet la neutralité carbone en 2025, l'arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes, et l'instauration rapide d'une assemblée citoyenne chargée de mettre en place des mesures opérationnelles et sans délais, ayant pour objectif de garantir l'accès équitable aux ressources de base et la préservation des écosystèmes. Ce mouvement de désobéissance civile prend au Royaume-Uni une ampleur inattendue. Ce mouvement déborde ensuite les frontières britanniques pour se répandre en Europe et dans le monde.

Certains, comme les membres du « Comité Adrastia », considèrent que l'effondrement n'est plus évitable et qu'il ne reste désormais qu'à préparer et aménager le déclin, pour qu'il soit moins massif et moins douloureux.

La vague récente d'élargissement de la diffusion des théories de l'effondrement a été encore peu étudiée en sciences sociales. Le politiste Luc Semal insiste sur la continuité avec les mouvements de la décroissance et des Villes en Transition, datant de la décennie précédente. Les sociabilités électroniques des « effondrés » commencent à être décrites, et attirent l'attention de prospectivistes.