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Les fabuleuses Histoires de Dieu le Tout Puissant

Je suis DIEU le Tout Puissant et ceci est mon témoignage.

Et aussi Docteur : j’ai un doctorat en spéciologie, neurosciences appliquées, psychologie des espèces évoluées, sexologie, mathématiques appliquées, mécanique quantique, économie modulaire, biologique mécanique, mimétisme biologique appliqué et plein d’autres domaines dont la liste serait trop longue pour une présentation exhaustive

C’est dire mes qualifications.

A ce titre de Docteur, j’interviens aux quatre coins de la galaxie et sur les dix-neuf dimensions connues à ce jour. Et, ce, depuis plus de 20 000 unités de vos années terrestres.

C’est dire mon expérience.

Avant je n’étais que DIEU. Je me présente encore parfois comme tel. Cela dépend des croyances et du stade d’évolution des espèces rencontrées. Puis je suis devenu consultant VRP, le genre de consultant atypique, un tantinet disruptif, inter-dimensionnel et intersidéral il va sans dire.

Maintenant je suis Docteur, j’aime bien l’idée. Cela fait « sauveur ». Du coup, j’ai l’impression d’être attendu comme le Messie : Dieu, consultant, docteur et Messie, la classe non ? Bref, j’aime bien changer de rôle, cela intensifie le temps présent. Mon psy dit que je fais ça parce que je m’ennuie. Moi je lui réponds que je veux simplement m’éclater. Un rapport, peut-être, avec la dissipation d’énergie propre à toute création de Dieu, bien que je ne sois pas certain de m’être auto-crée (c’est un autre débat).

A dire vrai, la dissipation d’énergie, c’est assez réducteur. Tout ça est lié au striatum : c’est la partie du cerveau qui gère les motivations et la prise de décision. Il s’alimente de dopamine, cette molécule qui active le circuit de la récompense. C’est lui qui vous fait apprécier un petit blanc ou une bonne bière. Pour faire court, il recherche constamment des gratifications immédiates avec le minimum d’effort. A l’opposé du Cortex qui, lui, est responsable de l’élaboration des représentations mentales, de la prise de conscience et de l’aptitude à planifier des actions au bénéfice lointain.

C’est moi aussi qui l’ai créé : il fallait bien que je rende le libre arbitre palpable, ça intensifie le temps présent et ça me fait bien marrer : vous observer tiraillés entre votre cortex et votre striatum, vous voir vous démener avec des injonctions paradoxales et gérer des dissonances cognitives en cascade, est, je dois bien l’avouer, d’une jouissance infinie. Voyez-vous, manger, boire et consommer n’est rien comparé aux occupations créatives et intellectuelles. D’un point de vue dopaminique, ou dissipatif, c’est le pied, mieux que la meilleure des séries Netflix ! Et beaucoup plus soutenable écologiquement parlant bien, qu’en ma qualité de Dieu, j’en ai rien à branler, n’étant pas dans un système fermé (et toc).

Maintenant qu’il y avait des milliards de galaxie et des milliers de civilisations qui sautillaient dans tous les sens, je pouvais maintenant jouir de mes créations en me faisant passer pour le Docteur de service. J’adore être attendu, je me prends pour le Messie comme ça (paix à mon fils).

C’est encore plus jouissif que pondre un bouquin aux termes alambiqués et aux théories fumeuses que personne ne comprend mais dont on sait qu’il plaira aux élites faignant de comprendre l’inatteignable pour se différencier, et permettant à son auteur de se taper plein de nanas. Mais bon, je suis asexué.

 

Mon premier trip fut d’aller jeter mon œil divin sur Zibida, une petite planète de la constellation d’Orion, où vivaient paisiblement les zibidous.

Zibida ne possédait qu’un seul arbre, planté sur un petit continent. Cet arbre était si grand et si haut que c’est là que vivaient les zibidous.

Rien ne poussait sur le reste du continent et l’arbre pourvoyait à tout : matériaux de construction avec son bois, nourriture avec sa sève et ses glands etc.

Au départ, les zibidous vivaient en tribu et se contentaient de recueillir les glands pour les manger. Puis, évolution oblige, ils se sont structurés et ont évolués. Ils ont commencé à construire plusieurs niveaux dans le tronc de l’arbre puis ont élaboré une hiérarchie sociale pour motiver tout à chacun à aller plus haut, et à satisfaire son circuit de la récompense.

Plus un zibidou avait un rang social élevé et plus il habitait haut dans les étages. Et plus son habitat était meublé, plus il était considéré. De fait, chaque zibidous rêvait d’aller plus haut en se meublant de plus en plus. Ces meubles, ils les appelaient des « palandes ». Plus un zibidous possédait de palandes, plus il était palandé donc considéré. L’activité de production des palandes s’appelait le palandage.

Pour optimiser l’activité, chaque étage disposait d’un manager, lui-même sous la supervision d’un Directeur qui devait rendre des comptes aux actionnaires, ces derniers étant rémunérés sur la base des dividendes résultant de l’activité de production. Le manager veillait donc au niveau de palandage intérieure brute, le PIB comme ils l’appelaient. Plus ils produisaient, plus ils gagnaient. De fait, un bon PIB était le garant de la croissance et permettaient aux uns et aux autres de s’enrichir. C’était donc complètement en phase avec les besoins de leur striatum et cela permettaient de les maintenir motivés. Du coup, chaque étage possédait sa surface de palandage, où les palandes étaient construites à partir du bois disponible sur l’étage, et sa surface d’habitat, les plus riches pouvant également se payer des habitats se situant à des étages plus élevés. 

Au départ, seuls les zibidous travaillaient et les zibidonnes, leurs congénères de sexe féminin, ne s’occupaient que de la récupération des glands et de leur préparation pour les repas. Pour des raisons évidentes de productivité, il fallait que les zibidonnes travaillent également le bois, ce qu’elles ont fait sous couvert d’égalité des sexes et d’autonomie. C’était malin.

Plus tard, un zibidou eut la bonne idée de rationaliser les tâches pour optimiser la production et augmenter la rentabilité. Il fallait bien satisfaire les actionnaires et toute la hiérarchie qui en voulaient toujours plus. Ils ont donc rationnalisé les tâches et supprimé les temps morts sous couvert de performance car telle était la positive attitude. Un zibidou se devait d’être performant et positif, c’était l’histoire racontée.

Mais cela augmenta les arrêts maladie. Du coup, un autre zibidou eut l’idée d’inventer la retraite à points pour inciter les zibidous à travailler davantage (cela ne fut pas sans contestation car, souvenez-vous, la partie du cerveau qu’est le striatum, organe majeur de la prise de décision, vise la gratification immédiate mais aussi le moindre effort).

Le hic (il y en a toujours un) est qu’en produisant des palandes, ils utilisaient le bois à disposition, ce dernier étant considéré comme illimité. Avec la montée du PIB, certains étages n’avaient presque plus de bois et commencèrent à exploiter l’écorce. Au fur et à mesure de leur développement, les étages s’affaissaient donc les uns sur les autres, ce qui était particulièrement tragique (mais parfaitement logique). L’arbre entier diminuait de taille à vue d’œil.

Des mouvements de contestation virent le jour pour protéger l’arbre. Mais, en même temps, personne ne renonçait vraiment aux rêves de devenir bien palandé. Du coup, ils inventèrent toute une série d’histoires pour rassurer les zibidous.

Ils se décidèrent à recycler les palandes, pour pouvoir en construire d’autres, et répondre ainsi à la baisse des ressources et de productivité générée par les effondrements d’étages. Ce fut l’histoire du recyclage.

Ils inventèrent le dispositif de compensation palande : à chaque palande construite, on plantait un gland ailleurs. Psychologiquement, ça rendait l’action neutre.

Ils décidèrent de protéger certains bois de l’étage en créant des espaces protégés. Mais il y avait toujours des petits malins qui contournaient le dispositif : la tentation était trop grande !

Certains se mirent à croire en la possibilité de créer du bois de façon ex-nihilo et illimité. D’autres firent même la promesse de pouvoir créer de nouveaux étages à l’arbre avec les palandes, pour atteindre les cieux et obtenir ainsi l’immortalité.

Toutes les histoires étaient bonnes à prendre, pourvu que chacun reste motivé sur sa tâche et permettent d’enrichir la hiérarchie sans rien remettre en cause. Ce fut cocasse.

Mais les effondrements d’étages, eux, continuèrent de plus belle.

En ma qualité de Docteur, je fus reçu par le suprême Directeur, celui qui dirigeait tout.

Ce dernier me montra un graphique montrant les pertes de rentabilité et baisses de productivité lié à ces effondrements d’étage. Cela inquiétait les zibidous qui voyaient bien que l’arbre diminuait de plus en plus, sans compter la perte d’être chers. 

Il attendait des solutions de ma part et, vraiment, j’avais l’impression d’être attendu comme le Messie ! J’adorais, le gros shoot de dopamine.

Comme je suis sensible au libre arbitre, je voulais m’assurer de leur réel objectif car je reste profondément attaché au respect des choix d’autrui : voulaient-ils préserver leur arbre tout en alimentant leurs circuits dopaminique ? (auquel cas, il aurait simplement fallu porter leur motivation et système économique sur des valorisations moins consommatrices de bois, comme l’échange, les tâches créatives et intellectuelles etc.), ou voulaient-ils continuer leur mode de vie car ils ne savaient pas faire ou imaginer autrement ?

Pour m’assurer de leur véritable choix, je suggérai un sondage. Le suprême Directeur fut emballé par l’idée. Il rassembla tous ses directeurs pour la conception du questionnaire. On demanda ensuite à chaque zibidou et zibidonnes de répondre au questionnaire. C’était la démocratie.

Le résultat fut sans appel : personne ne voulait arrêter car tous rêvait d’aller plus haut et d’être plus palandé. C’était pour eux le symbole de la réussite. En même temps, vu que c’était le discours qu’on leur vendait, le résultat du sondage ne me surpris pas. Je voulais simplement en être certain car, bien qu’étant Dieu Tout Puissant et omniscient,  je suis bienveillant et démocrate.

Je suggérai alors quelque chose susceptible de satisfaire mon auditoire tout en m’apportant des louanges. Je présentai l’idée, forcément divine, de concentrer le palandage sur les étages inférieurs de l’arbre pour ne pas mettre en danger les étages supérieurs ou vivaient les plus palandés. Cela avait aussi le mérite de pouvoir relancer la productivité car les zibidous seraient logiquement motivés à produire plus, pour gagner plus, et pouvoir ainsi s’élever dans les étages en écartant le risque d’être écrasé et victime d’un effondrement. Les directeurs, qui étaient également les plus palandés, furent séduits par ma géniale idée.

Je reparti satisfait, bien dopaminé, pour me diriger vers une autre planète, Fémina, où les motivations de tout à chacun était d’obtenir l’offrande vaginale et de se réaliser par le dévouement inconditionnel à la gent féminine. C’est quand même dingue la créativité de se monde pour dissiper de l’énergie. Bon, certaines méthodes sont soutenables, d’autres mortifères écologiquement parlant. Tout cela n’est qu’une question de choix, en vérité je vous le dit.

DIEU TOUT PUISSANT